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Notes d'infrastructure Publié le 12/03/2025 · Rubrique Hébergement
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Hébergement · 12/03/2025

Température et hygrométrie en salle serveur

Une salle trop froide coûte cher sans rien apporter, une salle trop chaude vieillit le matériel sans prévenir, et une salle mal mesurée fait les deux en même temps. Les repères d'ambiance existent, ils sont publics, ils tiennent en deux plages et un point de rosée. Encore faut-il mesurer au bon endroit.

Rubrique Hébergement Publié le 12/03/2025 Lecture 7 min Repère U1-05
Sonde de température fixée à mi-hauteur sur la porte grillagée d'une baie dans une allée chaude, câble fin remontant vers le chemin de câbles, rangées de serveurs floues en arrière-plan, lumière blanche de plafonnier, gros plan
Une sonde posée en façade de baie, à mi-hauteur, là où l'air entre réellement dans les serveurs.

La question posée en salle n'est jamais « quelle température fait-il ». Elle est « quelle température voit le serveur le plus mal placé de la rangée, au moment où la salle est la plus chargée ». Entre les deux, il y a souvent six degrés d'écart, et c'est cet écart qui décide de la fiabilité du parc bien plus que la consigne affichée sur le groupe froid.

Les plages de référence, et ce qu'elles disent vraiment

Le comité technique 9.9 de l'ASHRAE publie depuis 2004 des classes d'environnement pour le matériel informatique, révisées régulièrement, que tous les constructeurs reprennent dans leurs documentations. Pour la classe la plus courante en salle d'entreprise, la plage dite recommandée va de 18 à 27 °C en entrée d'air, et la plage tolérée s'étend de 15 à 32 °C. Ces bornes ne sont pas des seuils de destruction : ce sont des zones de fonctionnement où le constructeur garantit ses taux de panne annoncés.

Le point important est celui que la plupart des exploitants négligent : ces valeurs se lisent en entrée d'air, c'est-à-dire en façade de baie, du côté froid, et pas au plafond ni près de la porte de la salle. Une sonde d'ambiance murale placée à deux mètres du sol dans une allée de circulation mesure une moyenne qui n'existe nulle part. Elle rassure et elle ne sert à rien.

Trois hauteurs, deux allées, une vérité

Un jeu de mesures utile se pose en façade, sur au moins trois hauteurs par baie critique : en bas, à mi-hauteur, et en haut. C'est en haut que l'écart apparaît, parce que l'air chaud remonte et parce que le débit du plancher technique s'essouffle au-delà d'un mètre cinquante. Un différentiel supérieur à trois ou quatre degrés entre le bas et le haut d'une même baie signe presque toujours un défaut mécanique simple : des emplacements laissés béants sans plaque d'obturation, une dalle perforée posée dans la mauvaise allée, ou un faux plancher encombré de câbles morts qui étrangle le flux.

Les plaques d'obturation coûtent quelques euros l'unité et corrigent souvent à elles seules deux à trois degrés en haut de baie. C'est le geste au meilleur rapport dans toute la chaîne, très loin devant le fait d'abaisser la consigne de la production de froid. Abaisser la consigne d'un degré augmente la facture, ne corrige pas la recirculation, et masque le symptôme au lieu de traiter la cause.

Dalle perforée de plancher technique soulevée dans une allée froide, faisceau de câbles gris visible dans le vide sanitaire, poignée à ventouse posée à côté, sol technique gris clair, lumière rasante, cadrage en plongée
Sous le plancher technique, des câbles abandonnés réduisent la section de passage de l'air et affament les baies de fin de rangée.

L'hygrométrie, la moitié oubliée du réglage

L'humidité se pilote aujourd'hui par le point de rosée plutôt que par l'humidité relative seule, parce que l'humidité relative dépend de la température et devient donc ininterprétable dès qu'on compare deux points de la salle. La zone recommandée s'étend d'environ -9 °C à 15 °C de point de rosée, avec une humidité relative maintenue sous 60 %.

Les deux dérives ont des signatures opposées. Trop sec, on entre dans le domaine des décharges électrostatiques, avec des incidents difficiles à imputer parce qu'ils frappent un composant et pas une machine entière. Trop humide, on accélère la corrosion des contacts et l'on approche du risque de condensation dès qu'une surface descend sous le point de rosée, typiquement une conduite d'eau glacée mal calorifugée passant au-dessus d'une rangée. Le second cas est rare et brutal, le premier est fréquent et sournois.

GrandeurZone de travailCe qu'on observe hors zone
Température en entrée d'air18 à 27 °CVentilateurs à plein régime, consommation en hausse, alarmes thermiques serveur
Point de rosée-9 à 15 °CDécharges statiques en bas de plage, condensation en haut
Humidité relativeSous 60 %Corrosion des contacts et des connecteurs à long terme
Écart bas/haut de baieMoins de 3 °CRecirculation d'air chaud par les emplacements non obturés

Le confinement, quand la densité monte

Tant qu'une baie reste sous quatre ou cinq kilowatts, une salle correctement organisée en allées froides et chaudes s'en sort sans confinement physique. Au-delà, la recirculation devient inévitable et le confinement, froid ou chaud, cesse d'être un raffinement. Il se pose en rideaux souples ou en toit rigide, il coûte quelques milliers d'euros par allée, et il permet surtout de remonter la consigne de production de froid sans dégrader l'entrée d'air, ce qui est la seule façon d'agir réellement sur la facture.

Cette contrainte de densité pèse aussi sur le choix d'un emplacement en centre de données, où la puissance souscrite par baie est vendue séparément de l'espace. C'est un des arbitrages détaillés dans notre comparaison entre baie entière, demi-baie et location à l'unité, où la densité admissible pèse plus lourd que le nombre de U disponibles.

Allée froide confinée par un toit rigide et deux portes battantes transparentes, rangées de baies noires de part et d'autre, éclairage bleuté à l'intérieur du couloir, sol technique gris, cadrage en perspective centrale
Une allée froide fermée par un toit et deux portes battantes : l'air soufflé ne peut plus contourner les baies.

Ce qui se passe quand le froid s'arrête

Une salle privée d'air conditionné ne se réchauffe pas doucement. À densité moyenne, la montée en température se compte en minutes, pas en heures, parce que la masse thermique d'un local technique est faible et que la chaleur dissipée reste identique tant que les serveurs tournent. C'est la raison pour laquelle la production de froid doit être secourue au même titre que la puissance informatique : un onduleur qui tient trente minutes devant un groupe froid non secouru ne fait que différer l'arrêt de quelques minutes. Le dimensionnement de cette chaîne est traité dans notre analyse consacrée à l'autonomie réelle d'un onduleur, où l'écart entre l'autonomie affichée et l'autonomie tenue est le sujet central.

Cette même bascule décide de la conduite à tenir la nuit : franchir un seuil thermique doit déclencher un appel, pas un courriel lu le lendemain matin. La façon de calibrer ces seuils sans réveiller une équipe pour rien fait l'objet de nos notes sur l'organisation d'une astreinte de nuit, et l'engagement de délai qui suit l'appel se lit dans le contrat, ce que nous détaillons en distinguant garantie d'intervention et garantie de rétablissement.

Le détail qui coûte cher

Les sondes livrées avec les onduleurs et les climatiseurs mesurent l'air qu'ils traitent, pas celui que respirent les serveurs. Instrumenter les façades de baie avec quelques capteurs indépendants coûte moins qu'une carte mère et donne la seule courbe exploitable en cas de litige, notamment lorsqu'un constructeur invoque des conditions d'exploitation hors spécification pour refuser une prise en charge. Le sujet rejoint celui de la lecture des responsabilités après un sinistre, où la preuve écrite décide de tout.

Rubrique Hébergement Publié le 12/03/2025 Repère U1-05