Hébergement · 28/04/2025
Colocation : baie entière, demi-baie ou unité
La colocation se vend au U, à la demi-baie ou à la baie, et le prix affiché ne recouvre presque jamais le même périmètre d'un opérateur à l'autre. L'espace est pourtant la ligne la moins structurante de la facture : la puissance souscrite, les raccordements et les conditions d'accès pèsent bien plus lourd sur trois ans.
Une unité de baie mesure 44,45 millimètres de hauteur pour une largeur normalisée de 19 pouces, soit 482,6 millimètres entre montants. Une baie standard en offre 42, parfois 47. À partir de là, tout est affaire de contrat, et deux devis affichant le même prix au U peuvent différer d'un facteur deux une fois la première facture arrivée.
Les quatre lignes qui composent réellement le prix
Le premier poste est l'espace, facturé au U, à la demi-baie ou à la baie. Le deuxième est la puissance, souscrite en kilowatts et non consommée : on paie une réservation de capacité électrique, que l'on tire ou non le courant correspondant. Le troisième est le raccordement, facturé au cordon et au mois, qu'il s'agisse d'un lien vers un opérateur présent dans le bâtiment ou d'un lien vers une autre salle. Le quatrième est l'accès, c'est-à-dire le droit d'entrer, la durée et le nombre de personnes autorisées, avec ou sans escorte facturée à l'heure.
Ce découpage explique la plupart des surprises. Une entreprise qui prend six U pour un coût mensuel modeste découvre au bout d'un an que ses deux cordons de raccordement, sa souscription de 2 kW et ses interventions escortées représentent davantage que la location de l'espace lui-même.
| Format | Ce qu'il apporte | Ce qu'il impose |
|---|---|---|
| Location à l'unité | Entrée à faible engagement, densité gérée par l'hébergeur | Voisinage direct, accès souvent escorté, puissance par U plafonnée bas |
| Demi-baie | Fermeture propre, câblage maîtrisé, coût au U en baisse | Souscription électrique minimale plus élevée |
| Baie entière | Maîtrise du câblage, de la densité et de l'ordre de rangement | Espace payé même vide, engagement généralement plus long |
Le seuil de bascule
La règle empirique qui résiste le mieux se formule ainsi : tant que le besoin reste sous six à huit U et sous un kilowatt et demi, l'unité est plus économique. Entre huit et vingt U, la demi-baie devient presque toujours plus intéressante dès lors qu'on compte deux cordons de raccordement ou plus. Au-delà de vingt U, ou dès que la densité dépasse quatre kilowatts, la baie entière s'impose, non pour le prix au U mais parce qu'elle est la seule à donner la main sur le câblage, sur la répartition des charges entre les deux arrivées électriques et sur la thermique interne.
Cette dernière raison est la plus sous-estimée. Dans une baie partagée, le voisin décide de la moitié de votre écoulement d'air : une machine de deux U posée sans plaques d'obturation en dessous de vos serveurs suffit à faire remonter votre température d'entrée de plusieurs degrés. Les mécanismes en jeu sont ceux que nous décrivons dans notre analyse de la température et de l'hygrométrie en salle serveur, et ils s'appliquent à l'intérieur d'une baie exactement comme à l'échelle d'une allée.
Deux arrivées électriques, et ce qu'on en fait
Les offres sérieuses livrent deux bandeaux de prises alimentés par deux chaînes distinctes. L'erreur classique consiste à brancher les serveurs à simple alimentation moitié sur l'un, moitié sur l'autre, puis à charger chaque chaîne à plus de cinquante pour cent. Le jour où une chaîne tombe, la seconde reçoit la totalité et déclenche la protection. La règle est simple : chaque chaîne doit pouvoir absorber seule la totalité de la charge, ce qui plafonne l'usage nominal à la moitié de la capacité souscrite par chaîne.
Le corollaire pratique est qu'une souscription de 3 kW ne permet pas de tirer 3 kW en régime établi si l'on veut rester redondé. C'est le même raisonnement que celui appliqué à l'alimentation secourue, que nous détaillons en dimensionnant un onduleur sur son autonomie réelle plutôt que sur la valeur imprimée sur la façade.
Les clauses qu'on relit trop tard
Quatre points méritent d'être négociés à la signature plutôt qu'au renouvellement. La révision tarifaire annuelle, souvent indexée sur un indice de coût de production, doit être plafonnée. La reprise de la puissance souscrite à la baisse doit être possible, sans quoi une consolidation de serveurs ne produira aucune économie. Le préavis de sortie et le sort des cordons de raccordement doivent être écrits, car un cordon opérateur résilié à contretemps coupe la production. Enfin, le délai d'accès en situation d'urgence, de nuit et le week-end, doit être précisé avec le mode d'escorte applicable.
Ce dernier point rejoint la lecture des engagements de service. Un hébergeur peut annoncer une disponibilité électrique élevée sans rien promettre sur le délai d'ouverture de porte à trois heures du matin, ce qui n'est pas la même chose du tout. La méthode de lecture est celle que nous appliquons dans notre décorticage d'un SLA d'infogérance ligne à ligne, où la définition des exclusions vaut souvent plus que le pourcentage affiché.
Le détail qui coûte cher
Prévoyez le chemin de sortie avant l'entrée. Déménager une baie suppose de couper, de transporter et de recâbler, donc d'obtenir une fenêtre d'arrêt et un second site prêt à recevoir. Les entreprises qui ont dû le faire dans l'urgence après un incident racontent toutes la même chose, et c'est ce que nous avons repris dans notre retour sur les cinq ans qui ont suivi un sinistre de centre de données. Sur le plan réseau, disposer de deux liaisons indépendantes vers deux sites change la nature de l'arbitrage, sujet traité dans notre comparaison entre SD-WAN et MPLS.